La lourde défaite (3-1) des Panthères U17 face à la République démocratique du Congo, pays organisateur du tournoi de l’UNIFFAC à Kinshasa, dépasse le simple cadre sportif. Elle met en lumière des défaillances profondes dans l’organisation du football des jeunes au Gabon.


1. L’absence d’un championnat U17 structuré
Le premier problème est structurel : l’inexistence d’un véritable championnat national U17 régulier et organisé. Sans compétition continue, les jeunes joueurs manquent :
- de rythme,
- d’automatismes collectifs,
- d’expérience des matchs à enjeu,
- de maturité tactique.
Pendant que d’autres nations assurent un suivi permanent de leurs catégories d’âge, le Gabon semble fonctionner par à-coups, organisant des détections ponctuelles à l’approche des compétitions, sans base de données fiable ni continuité dans le suivi des talents.
Dans un système professionnel, un joueur performant en U16 progresse naturellement vers la sélection U17 grâce à son rendement en championnat. Or, au Gabon, même des joueurs issus d’équipes championnes sont contraints de repasser par des phases de détection, sans garantie d’être retenus.

2. Une détection controversée et opaque
Quatre phases de détection avaient pourtant été organisées par la Fédération Gabonaise de Football. Les directeurs techniques provinciaux avaient transmis leurs listes au sélectionneur national, Jean Joseph Tango.
Mais plusieurs faits troublants ont alimenté la polémique :
- Des joueurs retenus lors des détections ont été écartés à la dernière minute.
- Certains éléments auraient intégré la sélection sans avoir participé aux phases officielles.
- La liste finale a été publiée dans un climat de grande opacité.
Cette situation fragilise la crédibilité du processus et nourrit le sentiment que le mérite sportif n’est pas toujours le critère principal. Pourtant, dans les quartiers et les académies locales, le vivier de talents existe bel et bien.

3. Des choix techniques ambiguës
Les décisions du staff ont suscité de nombreuses incompréhensions :
- choix de joueurs contestés,
- options tactiques incohérentes,
- gestion approximative du groupe.
Face à une équipe congolaise plus structurée, disciplinée et mieux préparée, les lacunes organisationnelles sont apparues avec évidence.

4. Un staff sans véritable projet à long terme
Une sélection nationale de jeunes ne devrait pas être un projet improvisé. Elle doit s’inscrire dans :
- une vision technique claire,
- un suivi progressif des générations,
- une stratégie de formation cohérente.
Or, l’équipe U17 gabonaise a donné l’impression d’un groupe constitué dans l’urgence, sans préparation suffisante ni plan de développement durable.

5. Les joueurs, révélateurs d’un système fragile
Sportivement, les jeunes Gabonais ont montré leurs limites face à leurs homologues congolais. Mais leur responsabilité reste relative.
Sans championnat structuré, sans préparation continue, sans sélection transparente et sans encadrement stable, il est illusoire d’exiger des performances de haut niveau.
Un électrochoc nécessaire

Cette défaite doit servir de signal d’alarme. Elle révèle moins un manque de talent qu’un déficit d’organisation.
Le Gabon dispose d’un potentiel important. Mais pour reconstruire l’avenir du football national, il faudra :
- instaurer un championnat U17 régulier,
- mettre en place une base de données fiable des jeunes joueurs,
- garantir la transparence des sélections,
- définir un projet technique à long terme.

Sans ces réformes structurelles, les échecs risquent de se répéter, et les générations prometteuses de se perdre dans un système qui peine encore à se professionnaliser.

