Éliminé dès le premier tour de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025, le Gabon quitte la compétition par la petite porte. Une sortie prématurée mal vécue par de nombreux acteurs du football gabonais, dont certains estiment que cet échec ne peut être imputé aux seuls joueurs, mais qu’il trouve ses racines plus profondément dans la mauvaise gouvernance du football national.


Afin de mieux comprendre les raisons de ce naufrage, notre rédaction a rencontré Rémy Ebanega, ancien international gabonais et actuel président de l’Association nationale des footballeurs professionnels du Gabon (ANFPG).

Lesportif : Le Gabon vient d’être éliminé dès le premier tour de la CAN. Est-ce une surprise pour vous ?
Rémy Ebanega : « Cette élimination peut surprendre les supporters, mais pas les acteurs du football que nous sommes. Ce qui m’a toujours surpris, depuis plus d’une décennie, c’est plutôt la capacité mentale des joueurs à venir défendre les couleurs nationales dans un environnement aussi pollué, et malgré tout parvenir à obtenir des résultats positifs, comme la qualification pour cette CAN au Maroc.
Ces résultats ont longtemps servi à masquer l’anarchie qui règne dans le football gabonais depuis 2014. »
Lesportif : Comment expliquez-vous un parcours satisfaisant en éliminatoires, suivi d’une élimination précoce à la CAN ? Peut-on dire que l’arbre cache la forêt ?
Rémy Ebanega : « La préparation lors des éliminatoires n’a rien à voir avec celle d’une phase finale. Les matchs sont espacés pendant les qualifications, alors qu’en phase finale, tout s’enchaîne rapidement.
Dans une compétition comme la CAN, plusieurs critères sont déterminants : une organisation rigoureuse autour de l’équipe nationale, une excellente condition physique et mentale des joueurs, et surtout un environnement sain.
Malheureusement, aucun de ces éléments n’a été réuni. Les crises répétées autour de la sélection démontrent qu’il n’existe ni organisation ni planification. Seule l’improvisation guide la stratégie des dirigeants. Or, au haut niveau, il n’y a pas de place pour le pilotage à vue. »

Lesportif : Selon vous, cet échec a-t-il une origine précise ?
Rémy Ebanega : « Oui, bien sûr. Et elle est claire. Je vois le public s’acharner sur les joueurs, mais quel miracle peut-on leur demander alors que tout est biaisé dès le départ ?
C’est comme reprocher à des manœuvres de ne pas embellir une maison construite sans étude de sol, sans plan architectural et avec des matériaux fragiles.
L’État, via le ministère des Sports, et la FEGAFOOT sont respectivement le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre du projet “football gabonais”. C’est à ce niveau qu’il faut chercher l’origine de l’échec. »
Lesportif : Après les épisodes de la CAN au Cameroun, la situation semble se répéter. Peut-on parler d’une gestion à vue ?
Rémy Ebanega : « Depuis 2014, le football gabonais traverse un cycle chaotique qui se répète chaque année, avec des crises en équipe nationale A et dans le championnat local.
Nous sommes enfermés dans ce cycle parce que l’État et la FEGAFOOT ont réduit la gestion du football à un seul objectif : participer aux compétitions pour éviter les sanctions des instances internationales.
Ce paradigme a progressivement conduit notre football dans une impasse. »
Lesportif : Le Chef de l’État a récemment annoncé des mesures fortes. Pourtant, les mêmes constats sont posés sans changements visibles. L’État n’est-il pas complice par son laxisme ?
Rémy Ebanega : « Faire des constats et annoncer des mesures ne garantit pas le changement. Nous sommes dans un système où interagissent plusieurs acteurs. Amorcer une réforme nécessite de suivre toutes les étapes d’une véritable démarche de projet.
Je ne dirais pas que l’État est complice, mais son laxisme découle d’un manque de ressources humaines qualifiées capables d’élaborer et de mettre en œuvre une politique publique sportive cohérente.
C’est là la première cause des dérives que connaît l’écosystème du football, et plus largement du sport gabonais. »

Conclusion
À travers cette analyse sans concession, Rémy Ebenega pose un diagnostic clair : l’échec sportif des Panthères est le reflet d’un mal structurel profond, bien au-delà des performances sur le terrain.

