Arrivé au Gabon en 2023 dans le cadre d’une coopération bilatérale centrée sur le développement du haut niveau et la structuration des fédérations sportives, Mounir Barbouchi occupe aujourd’hui la fonction de Directeur Technique du Comité National Olympique Gabonais (CNOG).


Dans cet entretien, il revient sur son rôle, les réformes en cours et les critères de sélection récemment publiés, lesquels ont suscité des réactions chez certaines fédérations.
Lesportif : Qui est Mounir Barbouchi ? Une occasion de vous présenter au monde sportif gabonais qui ne vous connaît peut-être pas.
Mounir Barbouchi : Je m’appelle Mounir Barbouchi. Je suis expert technique international, formé à l’INSEP, à l’Université René Descartes et à la Sorbonne. J’évolue dans le sport de haut niveau depuis plus de vingt ans, en ayant été sportif, entraîneur, enseignant d’Éducation Physique et Sportive, puis Directeur Technique sur plusieurs olympiades. J’ai exercé dans différentes disciplines : boxe, lutte et volley-ball.
En 2016, sous ma direction, la boxe marocaine a remporté la seule médaille olympique du pays aux Jeux de Rio, également la seule médaille de boxe du continent africain. Deux ans plus tard, nous avons décroché une médaille d’argent aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Buenos Aires.
Ce parcours m’a appris une chose : la performance n’est jamais le fruit du hasard. Elle repose sur la méthode, la planification, la rigueur et une compréhension précise des enjeux. Aujourd’hui, je mets cette expertise au service du CNOG pour bâtir une culture de la performance durable, moderne et fondée sur le mérite.


Lesportif : Depuis quand êtes-vous au Gabon et au sein du Comité Olympique ?
Je suis arrivé au Gabon en 2023, dans le cadre d’une coopération bilatérale entre la France et le Gabon axée sur le développement du haut niveau et la structuration des fédérations. Très vite, j’ai été chargé de déployer le modèle Propergol, qui structure la performance des disciplines prioritaires. Je travaille étroitement avec le président Crésant Pambo et le Comité Exécutif, avec un objectif clair : professionnaliser l’encadrement, structurer les disciplines compétitives et instaurer une véritable culture de la performance.
Lesportif : Quel est exactement votre rôle au Comité Olympique Gabonais ?
J’occupe la fonction de Directeur Technique du CNOG. Mon travail s’articule autour de nombreuses réunions, analyses et suivis techniques. Je suis épaulé par deux collaborateurs : Salia Nze Ouattara et Gasteiward Perole Obame Byfane.
Je pilote le modèle Propergol, supervise le département formation dans une logique de transfert de compétences et coordonne la préparation technique des délégations gabonaises pour les différents Jeux.
Mon rôle est stratégique, pédagogique et opérationnel : je structure, j’accompagne, j’évalue et j’améliore la performance nationale.

Lesportif : En quoi consiste votre champ d’action ?

J’interviens sur toute la chaîne du haut niveau : de la détection au suivi scientifique de la performance. Avec le département informatique, nous avons développé la matrice prédictive PERCOV, un outil qui contractualise les objectifs des athlètes et permet d’évaluer leur progression de manière transparente.
En 2024, plus de 120 jeunes talents ont été évalués via des tableaux de bord individualisés. Cela nous permet, selon les disciplines et l’engagement des sportifs, de mieux analyser leur évolution et leurs perspectives.
Lesportif : Quel bilan faites-vous depuis votre prise de fonction ?
Nous avons posé les fondations d’une gouvernance technique moderne et transparente. Les quatre missions essentielles de la Direction Technique sont désormais opérationnelles :
- détection et accompagnement des jeunes talents,
- suivi des Sportifs de Haut Niveau et analyse concurrentielle,
- formation et évaluation des encadrants,
- structuration des méthodes, procédures et données techniques.
Le modèle Propergol est devenu l’ossature technique du CNOG, reliant détection, formation et performance dans un cadre scientifique clair.
Nous avons renforcé la coopération internationale (Solidarité Olympique, Ambassade de France, CNO et fédérations partenaires) et mis en place un programme sport-étude ainsi qu’une filière de formation.

Lesportif : Comment jugez-vous le fonctionnement des fédérations aujourd’hui ?
Je constate une vraie volonté de modernisation et un dialogue technique plus constructif.
Cependant, plusieurs défis persistent :
- certaines fédérations n’ont pas encore de direction technique clairement structurée,
- beaucoup ne disposent pas d’un calendrier national stable,
- peu ont un plan annuel de performance.
Pour y remédier, nous avons lancé l’Executive Master MOS afin de former dirigeants et cadres aux standards modernes de gouvernance. Une cinquantaine de cadres sont actuellement en formation grâce au CNOG.

Lesportif : Quelle appréciation faites-vous du niveau des athlètes gabonais ?
Les résultats récents aux Jeux Africains Scolaires d’Alger 2025 en témoignent : le Gabon a un potentiel remarquable.
Nos athlètes possèdent des qualités morphologiques adaptées aux sports explosifs, un engagement mental fort et une vraie soif d’apprentissage.
Pour progresser davantage, il faut renforcer la régularité de la préparation, structurer le suivi médical scientifique et multiplier les bilans techniques afin d’offrir un accompagnement précis et cohérent.
Je suis convaincu que les jeunes talents que nous détectons aujourd’hui formeront l’élite de demain.

Lesportif : Pourquoi avoir publié les critères de sélection ? Est-ce de votre ressort de sélectionner les athlètes ?
Nous les avons publiés pour garantir transparence, objectivité et méritocratie.
La Charte Olympique est claire : les fédérations recommandent les athlètes, mais la sélection finale relève du Comité National Olympique après analyse technique.
Mon rôle n’est pas de “choisir” les athlètes, mais de vérifier la conformité technique des propositions : résultats, discipline, régularité, suivi médical.
C’est un cadre équitable pour tous.

Lesportif : Certaines fédérations contestent cette décision. Ont-elles raison ?
Je comprends que le changement puisse déranger, mais cette réforme était indispensable. Sans cadre clair, les risques d’improvisation et d’incohérence sont trop importants.

L’objectif n’est pas de contrôler les fédérations, mais de les accompagner vers un fonctionnement plus structuré et professionnel.
C’est, selon moi, une opportunité historique de progrès collectif.
Lesportif : Certaines fédérations représentent le Gabon à l’extérieur sans avoir de championnat national. Que fait le Comité ?
C’est un problème majeur. On ne peut pas exister à l’international sans base nationale solide.
Désormais, aucun athlète ne peut représenter le Gabon sans participation à une compétition nationale officielle.

Pour permettre aux fédérations de respecter cette norme, le CNOG les accompagne dans la relance des championnats, la structuration des calendriers et la mise en place d’un environnement compétitif cohérent.
En 2026, nous atteindrons les 2 000 compétiteurs inscrits sur l’application S.I.S CNOG.
Conclusion

« Le CNOG construit aujourd’hui la culture de performance qui portera les athlètes gabonais vers Dakar 2026, Los Angeles 2028 et Brisbane 2032. »

