Dans un continent dominé par les mastodontes du football, il arrive parfois qu’une petite nation s’empare de la lumière.


Les Comores, archipel de moins d’un million d’habitants, s’apprêtent à disputer leur deuxième Coupe d’Afrique des Nations, avec la gravité de ceux qui savent que l’histoire ne se présente jamais deux fois de la même manière.
Ce retour sur la scène continentale n’a rien d’un accident. Il est le fruit d’une décennie de construction patiente, menée loin des projecteurs. Le football comorien est né dans l’anonymat, marqué par des débuts chaotiques et des défaites lourdes qui auraient découragé plus d’un pays. Longtemps, il n’a été qu’un rêve fragile, dépendant de moyens dérisoires et de structures balbutiantes.

La défaite 6-2 face à Madagascar en 2008 a longtemps symbolisé cette frontière entre l’illusion et le réel : un rappel brutal des limites d’un football encore éloigné du monde professionnel. Puis, lentement, l’archipel a émergé.
L’affiliation à la FIFA en 2005 a ouvert une première porte vers le haut niveau. Mais c’est surtout l’arrivée d’une nouvelle génération, nourrie par la diaspora et formée dans les championnats européens, qui a changé le destin des Cœlacanthes. Le tournant s’est matérialisé lors de la CAN 2021, quand les Comores ont atteint les huitièmes de finale après un parcours inattendu. La victoire historique contre le Ghana a servi d’électrochoc continental et d’acte fondateur. Ce jour-là, l’équipe émergente est devenue une nation de football.
Une qualification qui change de statut

La CAN 2025 marque une nouvelle étape. Les Comores ont traversé les qualifications avec un sérieux impressionnant : trois victoires, trois matchs nuls, aucune défaite, une défense solide et une force mentale remarquable. Terminer premiers devant la Tunisie n’est pas un simple exploit comptable, mais la confirmation qu’ils appartiennent désormais pleinement au paysage du football africain.
Placés dans le groupe A, les Cœlacanthes héritent d’un tirage sans indulgence : le Maroc, pays hôte, le Mali et la Zambie. Trois adversaires redoutables, trois styles différents, trois pièges à anticiper.
Ce soir, face au Maroc, les Comores se dressent devant la montagne la plus abrupte du premier tour. Dans un stade acquis à la cause des Lions de l’Atlas, l’archipel devra faire preuve de discipline, de courage et d’une foi collective inébranlable.

Mais pour cette équipe qui a appris à grandir dans l’ombre, défier les certitudes est devenu une habitude. Et si l’histoire devait, encore une fois, s’écrire contre toute attente ?

