À l’approche du barrage des éliminatoires du Mondial 2026 entre le Gabon et le Nigeria, le journaliste et consultant de RFI Patrick Juillard livre son analyse sur le parcours et les chances des Panthères.


Lesportif : Patrick, quelle analyse faites-vous du parcours des Panthères pendant ces éliminatoires de la Coupe du Monde, zone Afrique ?
Patrick Juillard: Les Panthères du Gabon ont réussi un parcours assez remarquable dans ces éliminatoires. J’en veux pour preuve que, dès avant la dixième et dernière journée, l’équipe était déjà assurée de terminer au moins dans les meilleures deuxièmes de ces qualifications. C’est dire si peu de points ont été perdus en route. La qualification a été envisageable jusqu’à la dernière journée, mais la Côte d’Ivoire n’a pas flanché à ce moment crucial et a conservé son avance. Le moment décisif de cette campagne restera sans doute la 87ème minute de la rencontre de la 8ème journée face aux Éléphants : si la frappe de Babicka avait terminé sa course au fond des filets plutôt que sur le poteau de Fofana, les champions d’Afrique auraient cédé les commandes du groupe au Gabon, qui aurait basculé en tête avant les deux ultimes rencontres. Cela montre qu’à quelques centimètres près le Gabon pouvait être plus fort que la Côte d’Ivoire dans ces qualifications.
Lesportif : Qualifiées pour jouer les barrages, les Panthères jouent gros en novembre prochain face au Nigeria. Est-ce possible pour le Gabon ?
Ce ne sera pas facile pour le Gabon face au Nigeria. Les Super Eagles, au contraire des Panthères, ont dû effectuer une sorte de « remontada », avec la complicité involontaire de l’Afrique du Sud (sanctionnée sur tapis vert) et grâce à un finish dévastateur contre le Bénin (4-0), pour atteindre in extremis les barrages. Ce statut de miraculé est susceptible de donner beaucoup de force aux hommes d’Éric Chelle. La formule de ces barrages, qui prennent l’allure d’un Final Four, risque aussi d’avantager le Nigeria, qui est une équipe de tournoi, plus à l’aise ces dernières années dans cette configuration que sur la durée d’une campagne qualificative. Ce ne sera donc pas simple pour le Gabon mais je ne pense pas pour autant que ce soit plié. Les Panthères ont la consistance nécessaire pour tenir le choc et, espérons-le pour l’équipe et le pays, faire douter le Nigeria.
Lesportif : Thierry Mouyouma n’a jamais réussi à s’imposer face à une équipe du top 10 africain. N’est-ce pas un handicap ?


Il est exact que Thierry Mouyouma manque d’un match référence contre les grosses cylindrées du continent, mais ce n’est pas une fatalité à mon sens. Et laisser la pression du favori au Nigeria peut aussi convenir au sélectionneur et à ses joueurs…
Lesportif : En regardant l’effectif du Nigeria, comparativement à celui du Gabon, peut-on considérer que le match est plié en faveur du Nigeria ?
Je ne le crois pas. Bien sûr, si l’on compare la cote des joueurs des deux équipes sur le marché des transferts, la balance penche largement en faveur du Nigeria. Mais une équipe n’est pas une simple addition de valeurs individuelles, c’est une alchimie collective. Et sur ce plan-là, le Gabon a de l’avance sur le Nigeria, qui a perdu du temps après le départ de José Peseiro, qui avait conduit l’équipe jusqu’en finale de la CAN 2023, jouée en 2024 en Côte d’Ivoire. L’armada offensive nigériane, Osimhen en tête, mais aussi Chukwueze, Simon et autre Lookman, a bien sûr de quoi effrayer n’importe quel adversaire. Mais le Gabon doit se faire confiance et appuyer là où ça peut faire mal au Nigeria, notamment dans le couloir droit défensif (la zone préférentielle de Bouanga…), où l’absence sur blessure de l’excellent Ola Aina s’est fait sentir ces dernières semaines. La bataille du milieu entre Ndidi et Lemina notamment en sera aussi cruciale mais le Gabon a des arguments pour ne pas baisser la tête.

Lesportif : Vous avez regardé le Gabon jouer ses éliminatoires de la Coupe d’Afrique et de la Coupe du Monde. Quelles sont ses forces et faiblesses ?
Les forces du Gabon sont la cohésion du groupe, l’expérience des cadres de l’entrejeu et le rendement offensif symbolisé par Bouanga et Aubameyang. Ses faiblesses sont une charnière centrale parfois instable et mal coordonnée avec son gardien de but, des latéraux jeunes sans repères au très haut niveau et un banc de touche sans grandes ressources, a fortiori comparé à celui du Nigeria.
Lesportif : Patrick merci,
C’est plutôt moi qui vous dis merci et je profite pour féliciter votre media pour la qualité du travail.

